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Nous
connaissons la vie des cow-boys par différentes sources et témoignages :
celui de Charles Siringo, A Texas Cow-boy, or fifteen Years on the Hurridane
Deck of a Spanish Poney paru en 1885.
1
- La transhumance
1.1
- Avant de partir : rassembler le troupeau
Le
drive dure entre cinq et treize semaines[1]
selon la route empruntée et les imprévus : de San Antonio à Abilene, il
fallait en moyenne 90 jours, du Texas au Wyoming près de six mois.
Avant d’emmener les bêtes vers leur dernière
destination, elles sont regroupées, triées puis marquées et les veaux
castrés au printemps. Les animaux non marqués sont appelés mavericks. Le cow-boy utilise alors son lasso pour attraper les
animaux selon les techniques héritées des vaqueros. Cette étape, le round-up,
dure plusieurs semaines, car il faut rassembler plusieurs milliers de bêtes sur
un territoire très étendu (jusqu'à 4000 à
5000 miles
carrés.[2]
1.2
- Le voyage
Une
fois le round-up terminé, c’est le départ. Il faut souvent quelques
jours pour que les animaux démarrent, le temps qu’ils s’habituent à leurs
meneurs. Il va falloir faire avancer une masse mouvante et imprévisible composée
d’environ 3 000 bêtes, qui s'étire sur des kilomètres de long et
souvent quelques centaines de mètres de large, le tout pas trop vite pour ne
pas les fatiguer, mais pas trop lentement non plus afin d’éviter leur
dispersion. La distance parcourue varie de 20 à
40 kilomètres
par jour. Le chemin est guidé par les points d’eau où l’on peut s’arrêter
pour faire paître le troupeau. Il existe deux pistes principales :
la Old Chisholm
Trail (route des rivières) et
la Western Trail
, plus à l’ouest, qui passe par Dodge City.
L’équipe
est constituée d’une dizaine de cow-boys dirigés par un chef, le boss
(chef de piste). Ce dernier est
responsable du troupeau, et il doit contenir les débordements d’humeur de ses
hommes que la pénibilité et la monotonie du travail rendent bien souvent
agressifs. Il connaît la piste, les points d’eau et les passages à gué. À
cela s’ajoutent le cuisinier et le guide indien qui ouvrent la route avec un
peu d’avance.
La
piste ne manque pas de dangers, mais les plus grands risques ne sont pas
toujours ceux auxquels on s’attend. Le risque indien tant exploité par le cinéma
existe, mais il est de très loin moins fréquent et moins grave que les problèmes
liés au troupeau lui-même. Souvent, le don d’une bête comme péage pour la
traversée d’une réserve apaise bien des querelles.
Les
voleurs de bétail ou les fermiers irascibles posent parfois problème, mais en
fait, le grand danger que craint le cow-boy survient lorsque la nuit tombe. Dès
lors, une attention de tous les instants devient nécessaire afin d’éviter un
drame. En effet, le moindre cliquetis, le moindre hurlement de coyote
ou un orage
(très violents dans les Grandes Plaines) peut faire peur au troupeau :
c’est alors la grande crainte des cow-boys, le troupeau fonce droit devant lui :
c’est le stampede. Il vaut mieux alors ne pas être sur son chemin, et passer
d’un enfer à l’autre selon l’expression du temps. On essaie alors de
calmer le troupeau par un vaste mouvement circulaire. Lors d’un orage près de
Dodge City, un trail boss explique qu’il fallut une semaine pour
retrouver les bêtes. Un autre, E. C. Abbott, raconte qu’en 1882, il y eut un orage qui tua quatorze têtes de bétail, six ou sept
chevaux et deux hommes. Parfois, c’est l’incendie de la prairie qui peut
se transformer en drame, ou la foudre qui frappe les cavaliers sur leur monture.
La traversée des rivières ou des fleuves prend également l’allure d'un défi :
parfois, il faut près de trois jours avant que le troupeau ne veuille s’y
engager, lorsqu’il ne fait pas demi-tour spontanément. Dans les cours d’eau
les plus profonds, les cow-boys nagent devant leurs chevaux, suivis du troupeau,
mais un instant d’inattention peut tout faire basculer : nombreuses
furent les noyades de bêtes mais aussi celles des hommes qui les accompagnaient[3].
Parfois, à l’inverse, l’eau manque cruellement. Si on ajoute à cela la piqûre
mortelle de la sconse hydrophobe ou les attaques des loups, on s’aperçoit
sans difficulté que le plus grand ennemi du cow-boy, c’est loin d’être
l’Indien : c’est la nature.

Statue de Charles Goodnight (
Texas
)
Le
chuck wagon emmène les provisions : la route est longue et sur les
1 000 km
, elle ne comporte qu’une seule épicerie. On mange des biscuits, du bacon, du
café, des fruits séchés, avec parfois pour améliorer l’ordinaire du gibier
ou un bœuf du troupeau que l’on a dû abattre[4].
Avec une nourriture si monotone, le cuisinier n’est pas très bien placé dans
le cœur des cow-boys qui dans leurs récits lui donnent une place peu enviable.
Cette image s’est perpétuée jusque dans les westerns où il est souvent
l’archétype du pauvre type.
2
- L'arrivée en ville
Enfin,
c’est l’arrivée en ville, dans ces cow-towns (ou cattle towns)
à la si mauvaise réputation que sont Abilene, Dodge City, Ellsworth ou Newton.
Ces villes ont servi de base pour les décors des westerns hollywodiens du début
du XXe siècle.
Pour les habitants, l'arrivée des troupeaux conduits par les cow-boys est à la
fois une aubaine et une source de problèmes. Les cow-boys ont mauvaise réputation,
mais ces derniers dépensent la quasi-totalité de leur salaire dans les
commerces locaux, ce qui fait vivre une partie de la population locale. Enfin,
ces localités fondent leur prospérité économique sur le commerce des
troupeaux.
En
effet, une fois leurs gages empochés, les cow-boys profitent des facilités
offertes sur place : bains chauds, barbier, bottier, chapelier et tailleur.
Le saloon permet de mettre un terme aux semaines d’abstinence forcée, et les
beuveries dégénèrent souvent en bagarre. Les dancings, les salles de jeu, ou
les maisons de filles sont également
très populaires auprès des nouveaux arrivants.
Ces
villes ont très mauvaise réputation : un journaliste de passage à Kansas
City en 1870-1880 rapporte qu’après
la tombée de la nuit, la terre civilisée connaît peu de spectacles de débauche
aussi débridée et éhontée qu’un dancing dans les villes de la frontière[5]. Celle-ci est en partie justifiée : les
hommes éméchés provoquent de fréquentes bagarres mais les homicides restent
finalement assez rares. À Dodge City, entre 1867 et 1890, on recense 55
homicides, dont une vingtaine par la police elle-même[6]. Dans toutes les villes de bétail, le port des
armes à feu est en principe interdit[7].
De plus, les quartiers du jeu et de la prostitution sont nettement séparés des
quartiers où vivent les honnêtes protestants.
Les villes minières de l'Ouest sont finalement beaucoup plus violentes que les
villes du bétail.
Après
quelques jours passés dans ces Sodomes
de l’Ouest, le cow-boy se retrouve généralement sans argent : il
doit retrouver du travail en attendant la prochaine transhumance. La plupart du
temps, il se fait engager par un patron de ranch qui éponge ses dettes grâce
à une avance sur le prochain salaire.
3
- Hors-saison
Certains
décident de renoncer à cette vie très difficile et rejoignent les groupes de
hors-la-loi, mais finalement les cow-boys ne furent pas plus nombreux à se
reconvertir dans le banditisme que d’autres groupes de population. Une seule
chose est sûre : quasiment aucun ne put gagner assez d’argent pour se
mettre à son compte : au maigre salaire s’ajoute la précarité de cet
emploi qui fait que tout crédit est refusé.
Certains
ne retrouvent pas d’emploi entre novembre et mars, et ils doivent alors
s’employer à de petits boulots : tuer les loups qui rôdent pour en débarrasser
les éleveurs et vendre leurs peaux, réparer les clôtures, traire les vaches,
fabriquer du suif à partir de la graisse de bœuf.
Pour ceux qui retrouvent du travail, le recrutement
a lieu au printemps ou à l’automne. En majorité, ils doivent alors dédier
la majorité de leur temps aux soins du bétail, à savoir trouver des points
d’eau, le surveiller ou l’abriter en cas de coup dur météorologique.

Rodéo
D’autres
s’occupent des tâches au ranch, et doivent dresser les chevaux, entretenir
les bâtiments ou couper du bois. Les employés s’entassent dans le bunkhouse,
où l’hygiène et l’intimité sont quasi-inexistantes. Le matériel et les vêtements
des occupants s’entassent dans la pièce unique. Pour s’occuper, les
cow-boys jouent aux cartes, écoutent des histoires et des chansons, jouent du
banjo ou de l’harmonica. Parfois lorsqu’un d’entre eux est lettré il fait
une lecture collective des romans bon marché en attendant le prochain drive.
On est loin des aventures trépidantes contées dans les journaux de l’Est.
[1] Claude Fohlen,
La Vie
quotidienne au far-west (1860-1870), p. 119
[2] Claude Fohlen,
La Vie
quotidienne au far-west (1860-1870), p. 127)
[3] Claude Fohlen,
La Vie
quotidienne au far-west (1860-1870), p. 121
[4] Philippe
Jacquin, Daniel Royot, Go West ! [...], p.156
[5] Cité dans
Philippe Jacquin, Vers l’ouest : un nouveau monde, p. 106
[6] Philippe
Jacquin, Daniel Royot, Go West ! [...],
p.162
[7] Philippe
Jacquin, Daniel Royot, Go West ! [...],
p.158
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