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Assez vite, chacune des treize
colonies prit une physionomie originale, favorisée par une large autonomie.
Elles eurent leur régime propre, différent l’un de l’autre, et si elles
conservaient des rapports lointains avec Londres, elles n’avaient aucun lien
entre elles. Certaines étaient colonies de
la Couronne
, d’autres colonies à chartes, d’autres encore colonies de propriétaires.
Mais toutes avaient des institutions analogues : un gouverneur, choisi parmi les
vieilles familles et représentant
la Couronne
; une assemblée, élue par les propriétaires et chargée de voter les impôts.
1 - Diversité régionale
Le groupe du Sud (Maryland, Virginie,
Caroline du Nord, Caroline du Sud et Géorgie) vit de l’exploitation du sol,
divisé en plantations sur lesquelles travaillent des esclaves noirs sous la
surveillance d’intendants (overseers).
Le Sud est une région semi-tropicale, favorable à la grande culture de
produits complémentaires de ceux de l’Europe ou nouveaux : tabac, maïs, riz,
indigotier et coton. Les conditions climatiques y rendent le travail pénible
pour des Européens, qui ont préféré importer depuis 1618 des Noirs
d’Afrique, vendus comme esclaves par les puritains du Massachusetts ou du
Rhode Island sur les marchés locaux ou antillais. La société sudiste est
compartimentée en trois groupes : les Noirs, esclaves, privés de droits ; les
planteurs, constituant une aristocratie financière et politique ; les Blancs
pauvres, pourvus de droits mais dépourvus d’influence.
Le groupe du Nord (Nouvelle-Angleterre, Rhode Island, Massachusetts, New
Hampshire et Connecticut) est peuplé à l’origine par des puritains et des
dissidents fuyant la persécution des Stuarts. La vie quotidienne y est marquée
par une morale religieuse rigide, l’esprit d’intolérance à l’égard des
chrétiens non calvinistes et l’hospitalité offerte aux juifs. La théocratie
a marqué le gouvernement local, la vie intellectuelle (collège de Harvard,
1636), les relations sociales. Sol et climat rendent aléatoire l’agriculture,
qui cède la première place au trafic des ports (rhum, mélasses, esclaves) et
à de nombreuses activités artisanales (petits ateliers de poterie, d’orfèvrerie,
constructions navales). Aussi la vie urbaine y est-elle plus développée que
dans le Sud, avec une métropole connue pour son austérité, Boston.
Le groupe du centre (New York, New Jersey, Pennsylvanie et Delaware) est le plus
mêlé du point de vue ethnique, car la vallée de l’Hudson a été colonisée
par des Hollandais, le Delaware par des Suédois et
la Pennsylvanie
par des quakers aux mœurs simples et aux idées tolérantes. La position
centrale en fait une région de contacts entre le Nord et le Sud, et c’est là
que se sont développées les deux grandes villes, New York et Philadelphie, la
plus belle et la plus grande ville d’Amérique, avec son plan régulier, imposé
par William Penn, et une activité intellectuelle sans rivale.
2 - Une double menace
Les Indiens, peu nombreux le long de
la côte, sont présents. À leur égard, les colons adoptèrent des attitudes
différentes, allant de l'hostilité des puritains, qui les considéraient comme
des suppôts de Satan, à la bonté des quakers, les seuls à les traiter sur un
pied d’égalité. Les Indiens apprirent aux nouveaux venus à cultiver le maïs
(Indian corn), le tabac, le potiron,
et reçurent en échange le cheval, les armes à feu, les métaux, mais furent
atteints par la syphilis et d’autres maladies contagieuses. Le grand sujet de
friction était la possession du sol, que revendiquaient les colons par droit de
conquête et que leur refusaient les Indiens, ignorants de ce qu’était la
propriété individuelle. À la différence des Français et des Espagnols, les
Anglo-Saxons se mêlèrent peu aux populations locales et préférèrent les
repousser vers l’Ouest au prix de guerres qui se traduisaient, en fait, par
des escarmouches continuelles. Ainsi apparaît
la Frontière
et se crée un folklore qui remplace le vide culturel de l’Amérique.
D’autres Européens, Espagnols et Français, installés au Canada, cherchent
à développer un empire continental qui, par la vallée du Mississippi,
rejoigne
la Louisiane. Les
colons anglais redoutent l’asphyxie qui résulterait de cet encerclement. Dès
la fin du XVIIe siècle, une lutte s’engage entre les deux
puissances pour la domination du continent et tourne à l’avantage de
l’Angleterre qui élimine son adversaire, du traité d’Utrecht (1713) à
celui de Paris (1763). Les Espagnols de Floride et du Nouveau-Mexique ne présentaient
aucun danger, et les progrès russes le long de la côte du Pacifique sont trop
lointains pour être connus.
Si les colons furent reconnaissants aux Anglais d’avoir chassé les Français,
ils supportaient difficilement leur tutelle et leur pression fiscale. De là un
conflit qui allait entraîner la rupture avec la mère patrie.
3 - La rupture avec l'Angleterre
L’élimination de
la France
, à laquelle les colons avaient contribué avec leurs milices, avait fait
disparaître tout danger immédiat et rendait inutile et vexatoire la présence
des troupes anglaises. Mais le gouvernement de Sa Majesté estimait légitime de
répartir entre tous ses sujets les charges financières nées de la guerre et
de remettre en vigueur le pacte colonial. Toutes ces mesures furent jugées illégales
par les colons qui n’avaient pas été consultés : tout impôt nouveau doit
avoir été accepté par les intéressés. À quoi les Anglais répondaient que
le Parlement représente tous les sujets de Sa Majesté et peut les taxer.
Dès 1765, les esprits s’échauffent sans que les colons songent toutefois à
la rupture : ce qu’ils désirent, c’est être reconnus comme des citoyens à
part entière. Le Parlement de Londres, sensible à ces arguments, supprima en
1770 tous les impôts en litige sauf le droit sur le thé. Ce succès, qui ne réglait
pas le problème essentiel, celui du droit du Parlement de taxer ses sujets
britanniques outre-mer, ne produisit pas l’apaisement escompté. Des incidents
éclatèrent entre colons et troupes britanniques et culminèrent avec la partie
de thé de Boston (16 décembre 1773) au cours de laquelle un groupe de
colons travestis en Indiens jeta à la mer une cargaison de thé amenée par
la Compagnie
des Indes. Le gouvernement anglais répondit par les lois
intolérables (intolerable acts)
qui fermèrent le port de Boston et abolirent les franchises du Massachusetts.
Toutes les colonies se rangèrent derrière le Massachusetts et décidèrent
d’envoyer des délégués au premier Congrès continental, réuni à
Philadelphie en septembre 1774. Il adopta une résolution conciliante : le
Parlement de Londres n’avait aucun pouvoir fiscal sur les colonies, qui
acceptaient de reconnaître sa compétence en matière commerciale.
De part et d’autre, les esprits s’échauffent, car à la résistance des
colons, le gouvernement anglais répond par l’envoi de nouvelles troupes, sans
croire à une rupture. Du côté des colons, les milices se rassemblent et
s’entraînent, des législatures révolutionnaires s’improvisent, des armes
sont réunies. Quand des troupes anglaises sont chargées de récupérer celles
qu’elles savent être cachées à Concord, près de Boston, elles sont
accueillies à coups de fusil et obligées de se retirer. Cette bataille
de Lexington (19 avril 1775), suivie de celle de Bunker Hill (17 juin 1775), est
le signal de la rupture.
Source : Encyclopédie Universalis
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