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... et peuplement
En 1789 est né un nouvel État qui va
en un siècle devenir une des grandes puissances mondiales et, en un siècle et
demi, l’un des deux Grands. Comment
s’est faite cette prodigieuse ascension ? D’une part, à la suite de
l’extension vers l’ouest des treize États originels qui repoussèrent les
frontières successives jusqu’à la côte du Pacifique ; de l’autre, par un
affermissement du régime et des institutions, au prix de crises qui ont mis en
jeu l’existence même de l’Union.
1 - Le mécanisme de l'expansion vers l'Ouest
En 1789, les États-Unis occupaient
une bande de terrain située entre la côte atlantique et les Appalaches, mais
plusieurs dizaines de milliers de pionniers avaient franchi ces monts.
Qu’allait-on faire des territoires entre Appalaches et Mississippi, sur
lesquels plusieurs États avaient affirmé leurs prétentions ? Après
discussion, ils en firent abandon à l’Union, et celle-ci en scella le sort
dans la grande ordonnance de 1787, contemporaine de
la Constitution. Les
régions de l’Ouest pourraient former des territoires qui, une fois les 60
000 habitants atteints, pourraient être admis comme États dans l’Union, sur
un pied d’égalité avec les États fondateurs. Formule souple et libérale
qui allait démocratiser le pays.
Dès cette époque sont fixés les grands traits de
la Frontière
, cette zone pionnière dans laquelle s’établissent des colons en quête de
terres et de liberté, plus soucieux d’efficacité que de légalité. Sans
admettre la thèse de Frederick Jackson Turner sur le rôle de
la Frontière
dans la formation de la démocratie américaine, on peut reconnaître son
importance dans la psychologie des individus. Le pionnier doit affronter un
monde nouveau, étranger à la civilisation, éloigné des centres urbains,
exposé au danger des Indiens ; au fur et à mesure de l’avance du front
pionnier, ceux-ci étaient dépouillés de leurs terres et rejetés vers
l’ouest. En 1763, on pouvait penser que les Appalaches seraient une barrière
avec le monde inconnu des Indiens. Mais pas plus qu’aucune autre chaîne
montagneuse les Appalaches n’étaient infranchissables, si bien qu’il fut nécessaire
de passer de nouveaux traités avec les nations indiennes : dès les premières
années de
la République
, les traités de Fort Stanwix avec les Iroquois, de Fort McIntosh avec les
Chippewas, Ottawas et Delawares, de Hopewell avec les Cherokees, Choctaws et
Chickasaws avaient tenté de cantonner les Indiens et de les soustraire à
l’exploitation des colons. Mais les frontières fixées par ces traités étaient
violées avant même que le traité n’eût été signé, tellement était irrésistible
et incontrôlable l’avance des pionniers. Au mieux, le gouvernement fédéral
n’eut que quelques milliers d’hommes pour surveiller des milliers de kilomètres
carrés de no man’s land où tous
les abus étaient tolérés.
Devant l’avance désordonnée de ces pionniers apparut une nouvelle solution,
celle de déporter les tribus indiennes au-delà du Mississippi, dans ce qui reçut
le nom générique d’Indian Territory. De 1800 à 1835, toutes les tribus de
l’Est furent déportées, dans des conditions de transport et d’installation
effroyables, dans leur nouvelle patrie, attribuée pour
toujours. Seuls quelques Iroquois, Cherokees et Séminoles échappèrent au
sort commun, soit par la ruse, soit par la force. La place était libre pour
l’installation des Blancs, et de nouveaux États furent admis dans l’Union :
Vermont (1791), Kentucky (1792), Tennessee (1796), Ohio (1803).
2 - L'application de la Constitution et les partis politiques
Dans l’euphorie de l’Indépendance
et oublieux de l’expérience britannique, les Pères de la Patrie avaient songé
à un développement harmonieux de
la Constitution
dans l’unanimité des citoyens. Rapidement apparut un clivage et se formèrent
deux partis qui, sous des noms et des programmes différents, n’ont pas cessé
de dominer la vie politique américaine.
La Constitution
de 1787 était un compromis entre partisans du pouvoir fédéral et partisans
du pouvoir des États. Les pouvoirs avaient été soigneusement répartis et le
silence des textes jouait en faveur des États. Devant les problèmes pratiques
qui se posaient, un choix s’imposait qui reflétait à la fois une certaine
philosophie personnelle, une conception du monde et un milieu social. D’un côté,
les partisans du renforcement du pouvoir fédéral, appelés pour cette raison fédéralistes,
estimaient la jeune République encore convalescente. L’expérience des années
précédentes avait montré combien était dangereuse une dilution des pouvoirs
et aléatoire l’absence d’autorité.
La République
avait besoin d’une monnaie : fallait-il recourir à une banque centrale ou
laisser proliférer les banques locales avec pouvoir d’émission ? Comment
assurer à l’État fédéral un minimum de ressources, ne serait-ce que pour
l’entretien de son armée et de sa marine ? La seule recette prévue était
celle des douanes, mais l’adoption d’un système légèrement
protectionniste n’allait-il pas nuire aux exportations, essentielles pour la
vie du pays ? Comment honorer la dette que les Confédérés avaient contractée
envers certains États européens, en particulier
la France
et l’Angleterre ?
Pour les fédéralistes, la seule méthode
consistait à tirer le maximum des possibilités offertes par
la Constitution : créer un État dans la tradition britannique, avec des
services centraux, des notables chargés de l’administration, une monnaie
solide. Leur porte-parole, Alexander Hamilton, fut le premier secrétaire d’État
au Trésor. Brillant avocat de New York, défenseur d’un gouvernement fort
dans les colonnes du journal The Federalist, représentant des citoyens riches et bien nés, il se situe dans la tradition aristocratique
anglaise, regrette l’absence d’une monarchie aux États-Unis, veut organiser
le nouveau régime à l’image de celui des Hanovres. Il est soutenu par les
milieux d’affaires du Nord, l’aristocratie urbaine et puritaine, les
notables, secrètement partisans de l’Angleterre.
En face, les républicains cherchent à affermir une république au sens grec ou
romain du terme, en même temps qu’à promouvoir ce type idéal de
gouvernement tel qu’il a été défini par Rousseau et les philosophes du siècle
des Lumières. Leur idéal est une république agrarienne, décentralisée, mais
non démocratique. Comme dans les démocraties antiques, ils s’accommodaient
de la coexistence de l’esclavage avec un régime libéral. Leur porte-parole
est Thomas Jefferson, planteur de Virginie, rédacteur de
la Déclaration
d’indépendance et secrétaire d’État (ministre des Affaires étrangères)
de George Washington, architecte de Monticello et de l’Université de
Virginie. Les républicains se défient des masses industrielles comme de
l’industrie et préfèrent demeurer proches de la nature, de l’agriculture,
source de toute vie et de toutes vertus. Après le déclenchement de l’expérience
révolutionnaire en France, c’est vers ce pays qu’ils tournent leurs
regards, et ils deviennent francophiles, alors que les fédéralistes sont
anglophiles. De là un nouveau clivage, qui s’accentue avec les guerres napoléoniennes.
S’il est possible de faire des rapprochements, les fédéralistes seraient les
précurseurs des républicains actuels, les républicains seraient ceux des démocrates
actuels ; les premiers préfiguraient la droite,
les seconds la gauche. Il est curieux
de constater que cette dernière a souvent eu des patriciens à sa tête, de
Jefferson à John F. Kennedy en passant par Franklin D. Roosevelt.
George Washington a tenu à demeurer au-dessus des partis, mais, en dépit de
ses attaches virginiennes, ses sympathies allaient aux fédéralistes, qui ont détenu
le pouvoir jusqu’à la fin de la présidence de John Adams (1801). À ce
moment, les républicains font élire Thomas Jefferson, auquel succèdent James
Madison (1809) et James Monroe (1817) : pendant 24 ans, c’est une ère de prépondérance
républicaine. Cette longévité s’explique par la mort accidentelle
d’Alexander Hamilton en 1804 et l’absence de personnalités fédéralistes
d’envergure. Sous l’une et l’autre des administrations, le régime se
consolide, et les distinctions entre partis s’estompent : malgré leurs appréhensions,
les républicains ont autant travaillé à l’affermissement du pouvoir fédéral
que leurs adversaires.
Symbole de la nouvelle République, à laquelle œuvrèrent les deux partis,
Washington, siège des services fédéraux depuis Jefferson, son inventeur,
est la nouvelle capitale. La question s’était posée en 1791 de savoir où établir
la capitale, sans léser ni avantager aucun des États. Jusque-là, comme au
temps des rois Valois, elle avait été itinérante, d’Annapolis à New York,
en passant par Philadelphie. Il fut décidé, entre Washington, Jefferson et
Madison, de choisir un emplacement central à la limite du Nord et du Sud, sur
le bas Potomac, à la fois sur les États de Virginie et du Maryland. Chacun de
ces deux États fit abandon d’une parcelle de son territoire pour créer le
district de Columbia, placé sous la seule responsabilité du Congrès. Un vétéran
de la guerre d’Indépendance, le major Lenfant, fut chargé des plans de la
nouvelle capitale ; ceux-ci s’inspirèrent des expériences européennes des
XVIIe et XVIIIe siècles, dans un goût néo-classique que
symbolisent
la Maison Blanche
et le Capitole ; le gouvernement s’y établit en 1801.
Source : Encyclopédie Universalis
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