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La venue du phonographe aura permis la propagation de la musique aux États-Unis.  Il a été commercialisé au début du 20ème siècle, surtout dans les régions urbaines des États-Unis avant la Première Guerre mondiale.  La production de disques était donc essentiellement tournée à ce moment-là vers le public urbain du nord, avec la musique classique, les opéras et beaucoup d’airs à la mode.  La guerre finie, le niveau de vie augmente.  Parallèlement à cela, le coût de production du phonographe diminue et permet la fabrication en série de cet appareil, ce qui aura pour conséquence d’en augmenter les ventes et par le fait- même la diffusion de la musique. Puis apparaissent des maisons de disques qui deviendront vite très importantes. Tout naturellement, celles-ci vont rechercher de nouveaux marchés, de nouvelles musiques.

Vu le potentiel du Sud jugé très prometteur ainsi que la multiplication des styles musicaux et des programmes que passent les radios locales, de nouvelles possibilités vont s’ouvrir.  Il faut savoir qu’en 1922, le Sud comptait déjà 500 stations de radios.  Leurs émissions de radio étaient destinées essentiellement à un public rural, dont le niveau de vie ne cessait d’augmenter; elles étaient souvent faites dans des hangars ou des granges désaffectées et il n’était pas rare que le samedi soir, les familles entières se réunissaient autour de la radio afin d’écouter les musiques, ce qui multipliaient encore les possibilités d’atteindre l’auditoire.  La demande pour obtenir les disques des artistes entendus à la radio se fait de plus en plus grande.  Fort de ce succès, deux de ces artistes qui avaient l’habitude de passer à la radio décident de tenter leur chance à New-York en 1922.  L’un s’appelle Eck Robertson (né en 1887 dans l’Arkansas), l’autre s’appelle Henry Gilliand et est âgé de 74 ans.  Ils gravent 6 titres les 30 juin et 1er juillet 1922 :  2 sont des duos de violons, 2 des solos par Eck Robertson, et les 2 autres pièces sont jouées accompagnées d’un pianiste de studio.  C’est un an plus tard que la maison de disque Victor décide de les commercialiser sous forme de 78 tours :  Sally Goodin et Arkansas Traveler.  Contre toute attente, le succès est tout à fait conséquent, et notamment bien sûr, dans le sud appalachien.  Involontairement, Eck Robertson et Henry Gilliand venaient de graver sur disque les premiers morceaux de Musique Country.  Suite à leur succès, des découvreurs de talents partent dans le sud et enregistrent des centaines d’artistes, à l’aide de studios mobiles qu’ils installent dans des granges, des chambres d’hôtels, des boutiques de disques, ou bien avec l’aide de studios de radios locales.  Le centre naturel de cette nouvelle activité allait vite être Nashville, seule ville d’importance dans le sud des Appalaches, et lieu de rencontres économiques, commerciales et musicales.

Dès 1925, une station de radio de Nashville qui est financée par une compagnie d’assurance, présente un programme hebdomadaire sur la musique Old Time.  Cette émission va atteindre rapidement une extrême popularité avec le présentateur Georges D. Hay qui lui donnera le nom de Grand Ole Opry, du nom de l’émission qui suivait sur la musique classique.  Le nom Grand Ole Opry restera définitivement lié à cette émission.  Dès 1932, George D. Hay organise sous des chapiteaux, des spectacles au modèle de l‘émission de radio, et qui attirent alors des foules gigantesques.  C'est en 1941 que le Grand Ole Opry emménage au Ryman Auditorium.  Cette année là, le réseau NBC rachète le réseau et diffuse l’émission à travers tous les Etats-Unis.  Au fil des ans, le Grand Ole Opry devient une institution et un passage obligatoire pour des musiciens qui vont ouvrir la voie au professionnalisme.  Quelques-uns de ces premiers professionnels qui enregistraient sans musiciens de studio, et dont l’œuvre musicale est aujourd’hui incontestable ont inspiré les générations suivantes.  Ce sont entre autres Jimmie Rodgers et la Famille Carter qui est composée de A. P. Carter, son épouse Sara, ainsi que sa belle-sœur Maybelle.  Ce groupe interprète des ballades en chantant en harmonie derrière un leader.  Il ont un répertoire de plusieurs milliers de chansons, leur jeu de guitare est des plus fluide et délié.  Ce style de guitare appelé le carter style utilise les cordes basses pour jouer les mélodies, tout en conservant le rythme en brossant les cordes aiguës maintenues sur l’accord; c’est un des facteurs déterminants du succès de la Famille Carter.  Pour Jimmie Rodgers, il apparaît en fait comme un chanteur de blues.  Durant sa courte carrière, il grave plus de 111 faces, dont la majorité sont des compositions personnelles tirées de son expérience avec une prédominance pour le blues.  Il est sans doute le premier véritable soliste de cette musique.  En effet, il a atteint une notoriété nationale grâce à sa personnalité et son style de musique.  Il a également créé beaucoup de vocations dont celle de Gene Autry et Hank Snow.   Par ailleurs Jimmie Rodgers  a bouleversé totalement la Musique Country; il l’a fait sortir du cocon montagnard appalachien, personnifié par le style Old Time et lui a donné son ampleur.  Sa figure légendaire a suscité un véritable culte et c’est à juste titre qu’il fut le premier artiste a avoir été élu au Country Hall Of Fame en 1968 (musée à la gloire de la Musique Country).  Il est reconnu et salué comme le véritable fondateur de la Musique Country. 

C’est au cours du 20ème siècle que l’ouest américain se peuple lentement au prix de nombreuses batailles avec les Native American. Cela donne bientôt naissance à de petites villes.  Ces grands espaces sont surtout peuplés par les grands troupeaux de vaches que mènent les fameux cow-boys.  Sur place, quelques journaux relatent la vie locale souvent en amplifiant les faits, et dont l’exactitude de ces derniers reste à prouver.  Pourtant, c’est en vantant les mérites de l’Ouest que bientôt tous les États-Unis, et même l’Europe entière se passionneront pour le Far West.  C’est là que l’image romantique et fantastique du cow-boy est née.  Cette image s’impose bientôt avec force dans la littérature, le cinéma et aussi la musique.  Bientôt, tout ce qui fait référence au Far West connaît un succès populaire.  Si pourtant la saga de l’ouest a bel et bien existé, la musique western, celle avec les Cow-boys chantant n’a eu que peu de temps pour se développer et ainsi donner naissance à un courant suffisamment important.  La musique western, qui s’est véritablement constituée dans les années 1920 - 1930, s’est donc principalement appuyée sur l’authentique Cow-boy chantant.  C‘est dans la solitude des cow-boys qui vivaient très durement et précairement, qui avaient toujours le risque d’un danger physique, qui ne dormaient pas assez et qui n’avaient aucune femme, que naissent les chants de cow-boys.  Ceux-ci sont basés à l’origine sur un poème écrit traitant de la vie de l’ouest et paru dans un journal local, puis chanté par un cow-boy sur un air du répertoire connu anglo-irlandais, qui transmet cela à ses compagnons, et qui eux-mêmes, font de même… En fait, tous les thèmes étaient chantés sur les 4 ou 5 mêmes airs de base, sans accompagnement musical.  Ces chants de cow-boy servaient surtout à rompre la monotonie et la solitude avec soi-même, ce qui peut expliquer qu’aucun cow-boy ne fut réellement bon chanteur et bon musicien.  Si l’on ajoute à cela la période des grands troupeaux, qui ne fut que très brève (1875 – 1900), on comprend que l’héritage musical ne peut être que très pauvre.  Toutes ces ballades vont bientôt passer dans le répertoire de la Musique Country par le biais des Cow-boys chantants du cinéma parlant.  Ces westerns que tournent de véritables Cow-boys, font voir au monde la vie de l’ouest.  Mais si ces acteurs sont de vrais Cow-boys, ce sont de bien piètres comédiens, et bien souvent, on s’aperçoit que leur jeu est plutôt catastrophique. Pour masquer tout cela en 1930, on décida de les faire chanter plutôt que  parler, ceci dans le but de cacher leurs défauts d’élocution.  Le résultat est alors inattendu : le succès est considérable.  Le film est The Wagon Master.  L’un de ces célèbres chanteurs est nul autre que Gene Autry, qui avait pris la place du Cow-boy chantant dans un film, afin de cantonner ce dernier uniquement aux scènes de bagarres et d’actions.  D’autres célébrités sont Roy Rogers du groupe Sons of The Pioners et Patsy Montana avec le très célèbre I want to be a cow-boy sweetheart en 1935. Mais dès 1945, avec l’évolution du cinéma, des technologies, et le besoin de renouveau, le style s’étouffe peu à peu.  C’est en 1955 que Rex Allen devient le dernier Cow-boy chantant du cinéma avec le film Down Laredo Way.

 Dans les années 1930, la musique montagnarde ne change presque pas mais poursuit un approfondissement et un prolongement de la tradition Old time.  Nashville et le Grand Ole Opry » se flattent de résister à la corruption de la Musique Country.   Vedette du Grand Ole Opry , Roy Acuff forme un petit orchestre, les Smokey Mountain Boys (Speckled et Wabash Cannon Ball).  En modernisant constamment son orchestre, Roy Acuff a peu à peu joué un rôle de défenseur farouche de la tradition montagnarde au Ole Opry

 Au début des années 1940, c’est toute la musique traditionnelle appalachienne qui est en déclin.   De plus, l’influence de la Musique Country d’origine montagnarde se ressert géographiquement pour se situer autour de Nashville et des États du Sud appalachien.  Face à cette situation, il devient de plus en plus inévitable que la Musique Country s’ouvre aux autres sons modernes de la musique du Sud Ouest pour qu’elle puisse survivre.  

Texte de Bernard Pednault
Source :
www.countrydansemag.com