Nashville Sound

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Depuis toujours, le désir pour certains artistes de paraître urbain ou encore, de coller le plus possible aux variétés américaines, était en germe dans la Musique Country. Ce sentiment est très fort après-guerre ; l’immigration, l’industrialisation dans les villes du nord permettent aux chanteurs d’atteindre un nouveau public, à priori rebuté par la musique d’origine rurale.

Dès la fin de la guerre, nombre d’artistes sudistes ont commencé à adopter des sonorités plus douces, commerciales, easy listening (faciles à écouter).  Ceci leur a valu d’ailleurs le surnom familier de Country Crooners , puisqu’ils essayaient de faire concurrence aux vrais crooners comme Frank Sinatra ou Frankie Laine.  Les Country Crooners ont eu un parcours traditionnel, mais la vie, les goûts personnels leur ont permis d’élargir leur audience. 

Le premier véritable Country Crooner est Eddy Arnold.  Il entreprend sa carrière en 1944 (de 1937 – 1944, il agit comme chanteur de Pee Wee King).  C’est en faisant de nombreux efforts pour se débarrasser de son image rural (accent, jeu de scène), et c’est en étant l’un des premiers à s’élancer dans un style urbain et policé, qu’il pourra déborder amplement le public de la Musique Country.

me si Clyde ‘Red’ Foley a des racines rurales plus ou moins prononcées, ses réels efforts lui ont permis d’être considéré comme un Country Crooner.  Ce sont avec des pièces comme Mississipi, Midnight qu’il a connu un gros succès, s’imposant ainsi comme le ‘Gentleman’ de la Musique Country.

S’investissant corps et âme dans la guitare, Chet Atkins met au point un jeu à quatre doigts ultra sophistiqué et complexe. Dès 1950, ce jeu de guitare lui permet d’enregistrer pour RCA. Son talent incontesté lui permet de devenir l’accompagnateur le plus demandé au Grand Ole Opry.  Pour l’ouverture d’un bureau permanent à Nashville, RCA choisit naturellement Chet Atkins pour en prendre la direction.  Il rassemblera les musiciens, s’occupera des arrangements et des séances.  Il sera principalement entouré des mêmes musiciens de Nashville dont Hank Garland et Grady Martin (tous deux guitaristes), Floyd Cramer (pianiste), Bob Moore (bassiste), Charlie McCoy (harmoniciste).  Ils deviendront les premiers musiciens de studio à Nashville.  Une longue amitié et une pratique musicale commune et ancienne leur permettent de constituer un clan fraternel qui saura s’imposer à Nashville.

Ce Nashville Sound est une musique perfectionniste, élégante, légèrement marquée par le jazz mais également décontractée et facile à écouter. Le professionnalisme de ces musiciens vont leur assurer une omniprésence quasi écrasante. Le succès commercial que Chet Atkins recherche, il l’obtiendra avec Eddy Arnold.  Il poursuivra dans cette même voie, en capturant tout ce qui rappelle trop les origines rurales de la Musique Country, renforçant ainsi le rythme avec une double ligne de basses (contrebasse, basse électrique).

Face au Rock ‘n’ Roll,Chet Atkins apparaît comme le seul espoir de Nashville.  Il décide alors de se lancer dans deux directions. Tout d’abord, il accueillera tous les amateurs de variétés qui ne se reconnaissent pas dans le Rock ‘n’ Roll. Puis, il récupéra les artistes du Rockabilly.  Il commercialise encore le Nashville Sound en y ajoutant des violonades et le chœur, au son sophistiqué de ses musiciens de studio.

En compagnie d’autres producteurs, Don Law, Owen Bradley, de la chanteuse Anita Kerr ainsi que de quelques musiciens de studio, Chet Atkins impose définitivement le Nashville Sound au sein comme au-dehors de la Musique Country. Mais au cours des années 1960, la sur-commercialisation du Nashville Sound finit par le transformer en une sorte de musique d’ambiance aseptisée… c’est pourquoi «Chet Atkins, lui même, prônera un retour à la tradition.

Le Nashville Sound en donnant une teinte urbaine et policée à la Musique Country, lui a donné aussi l’honorabilité que les hillbillies souhaitaient eux-mêmes acquérir. Ceci explique sans nul doute le long succès des principaux artistes du Nashville Sound comme Jim Reeves, Marty Robbins, Patsy Cline, Skeeter Davis, Connie Smith…

Entre le Rockabilly et le Nashville Sound, le Honky Tonk a maintenu une présence discrète mais réelle, grâce à des musiciens fidèles aux sources.  Ce nouvel Honky Tonk a incorporé quelques sonorités à la mode, celles du Nashville Sound mais surtout celles du Rockabilly.  Il délaissera le violon mais la steel guitare atteindra une omniprésence générale.  Ceci sera possible grâce à de remarquables musiciens, tels que Pete Drake, Lloyd Green, Buddy Emmons, Speedy West ou Ralph Mooney.

Autour de ce Honky Tonk , irisé d’un soupçon de Rockabilly se formera un bloc traditionaliste qui s’opposera au Nashville Sound et à tous ses excès.  De 1958 à 1962, Ray Price s’imposera comme le tenant de la tradition Honky Tonk avec Crazy Arms, City Light, My Shoes Keep Walking To You.. George Jones , quant à lui, fortement influencé par Hank Williams, ne connaîtra le succès qu’au début des années 1960 à Nashville, où il apparaîtra comme un défenseur farouche de la tradition Honky Tonk The Window Up Above, She Thinks I Still Care, Why Baby Why.  Par ailleurs, Red Sovine a créé un genre particulier de la Musique Country, la chanson pour routiers, promus au rang de nouveaux cow-boys sillonnant l’Amérique moderne.  Son style est très rythmé, ancré dans le Honky Tonk , avec de forts emprunts au Rockabilly Giddyup 60, Phantom 309, Teddy Bear.  Johnny Horton est connu pour Honky Tonk Man Style, très proche du Rockabilly mais également pour ses sagas historiques Sink The Bismark, North To Alaska, Battle Of New Orleans.

Ces artistes et encore bien d’autres ont su démontrer par leur succès que la Musique Country, soumise à l’électrochoc du Rockabilly puis à l’anesthésie du Nashville Sound a réussi à conserver un important fond traditionnel qui se révélera être une ressource importante à partir du milieu des années 1960.

Texte de Bernard Pednault
Source : www.countrydansemag.com