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1 - Réactions et mécontentement
L’ampleur du développement économique
pose des problèmes sociaux spécifiques, plus graves dans le milieu rural que
chez les ouvriers.
Les fermiers sont obligés de s’adapter à une économie de marché instable,
contrairement à leurs collègues européens, proches des marchés de
consommation.
À la fin du XIXe siècle,
les fermiers sont victimes de la chute des prix et de l’exploitation par les
monopoles. Tous les prix agricoles baissent de 50 % entre 1870 et 1896, à la
suite de la dépression générale et sous le choc de la concurrence de
l’Argentine, de
la Sibérie. Les
fermiers voient leurs revenus diminuer quand le seul moyen de compenser leurs
pertes est d’acheter des machines, qui se vendent cher, parce que leur
production est monopolisée par un petit nombre de grandes firmes. Ils doivent
accepter les conditions draconiennes des transporteurs (compagnies de chemins de
fer et de navigation) et des divers intermédiaires. De là un sentiment de
frustration qui se traduit par des mouvements de révolte : Grangers aux
alentours de 1870, Greenbackers vers 1880, alliance des fermiers et populisme
dans les années 1890. Tous ces mouvements ont un trait commun : ils réclament
l’inflation monétaire, qu’elle soit de papier ou de métal, seule capable
aux yeux des victimes de les sauver de la ruine. L’Ouest rural est
inflationniste, par opposition à l’Est, partisan d’une monnaie forte.
Les mouvements de protestation urbaine
et ouvrière, en dépit de quelques crises aiguës (massacre de Haymarket, à
Chicago, 1886; grève Pullman, 1893), n’ont jamais atteint la même ampleur.
L’industrie américaine a souffert, pendant toute la fin du XIXe siècle,
d’un manque de main-d’œuvre qualifiée (ce qui écartait la menace du chômage)
et a produit pour un marché intérieur protégé, donc peu sensible aux
fluctuations internationales. De là une stabilité du marché, qui contraste
avec l’agriculture américaine et l’industrie de pays exportateurs comme
la Grande-Bretagne. L
’apparition du syndicalisme est tardive (Knights of Labor, 1869 ; American
Federation of Labor, 1886) et les revendications se cantonnent sur un plan
professionnel : diminution des heures de travail, protection des femmes et des
enfants, amélioration des salaires. L’A.F.L. entend représenter les seuls
ouvriers qualifiés, à l’exclusion des manœuvres, des immigrants et des
femmes, victimes sans défense du sweating system.
La protestation la plus violente contre l’industrialisation vint, non des
milieux syndicalistes, mais de romanciers et de journalistes qui dénoncèrent
l’exploitation des travailleurs par les patrons et les abus de la révolution
industrielle : Théodore Roosevelt les qualifia de muckrakers
(remueurs de boue). Les robber
barons, par analogie avec les seigneurs pillards du Moyen Âge, constituèrent
leur cible favorite. Parmi ces contestataires»,
certains penchaient vers le socialisme, comme Henry Demarest Lloyd ou Henri
George, tandis que d’autres, tels Theodore Dreiser, Frank Norris et Upton
Sinclair, décrivaient les excès dont se rendaient coupables les grandes
compagnies de chemins de fer, les abattoirs, les conserveries. Tous appelaient
un changement dans cette société où la loi du plus fort ne subissait aucune
limitation.
2 - Le mouvement réformiste
Un besoin de réforme se faisait
sentir pour la première fois aux États-Unis. Certains États avaient commencé
à œuvrer en ce sens, en limitant la durée du travail, en prenant des mesures
de protection pour les femmes et les enfants. Au niveau fédéral, l’absence
d’une forte personnalité et la pression du big
business avaient paralysé toute action, y compris l’application des lois
existantes, comme le Sherman Act contre les trusts (1890). Après une éclipse
de quarante ans, la fonction présidentielle retrouve en 1901 son lustre et sa
vigueur avec Théodore Roosevelt, un républicain, de tendances libérales,
sensible aux excès de ce libéralisme. Il entame une action contre les trusts,
joue le rôle d’arbitre dans des conflits du travail (grève des mineurs de
Pennsylvanie, 1902), promulgue une législation des produits alimentaires et
pharmaceutiques, cherche à mettre fin aux abus des compagnies ferroviaires, crée
des réserves naturelles (parcs nationaux) pour contrecarrer les entreprises
malhonnêtes des promoteurs immobiliers. Le pouvoir fédéral retrouve son
prestige et la confiance des masses.
Le mouvement réformiste est poursuivi par un démocrate, Woodrow Wilson, président
de 1913 à 1921, précurseur d’un ordre nouveau, le New Freedom. Avec lui la démocratie
progresse, par la désignation au suffrage universel des sénateurs (17e
amendement) et l’extension aux femmes du droit de vote (19e
amendement). L’État fédéral reçoit le droit de prélever un impôt sur le
revenu (16e
amendement) pour augmenter ses ressources, mais les droits de douane sont
abaissés. Pour empêcher les excès de la spéculation, le système fédéral
de réserve, décentralisé, est créé. L’action contre les trusts est
reprise avec une vigueur accrue, grâce au Clayton Act, et soigneusement dissociée
des coalitions syndicales. Humbles et
faibles ont trouvé en l’État fédéral leur défenseur contre les excès du
capitalisme.
3 - L'interventionnisme
En même temps, les États-Unis font
leur entrée sur la scène internationale. Depuis Monroe, ils ne s’étaient
manifestés qu’épisodiquement, comme en 1854 à l’occasion du traité signé
avec le Japon, en 1867 lors de l’achat de l’Alaska aux Russes ou en 1875 au
moment du traité de réciprocité avec les îles Hawaii. À la fin du XIXe
siècle, les conditions ont changé :
la Frontière
a disparu et les États-Unis peuvent maintenant intervenir à l’extérieur.
L’économie américaine a progressé à pas de géant et recherche moins des débouchés
que des marchés de matières premières. Enfin le partage du monde approche de
sa fin et certains milieux américains se sentent frustrés de n’y avoir pas
participé. Un courant impérialiste commence à se manifester, soutenu par des
milieux d’affaires, des politiciens, pour l’essentiel républicains, des théoriciens
comme A. T. Mahan. La doctrine de Monroe, défensive, se transforme en un
instrument d’expansion confiant aux États-Unis la mission de protéger le
continent, en fait d’y instaurer son hégémonie.
L’explosion du cuirassé Maine à
La Havane
en 1898 fournit la première manifestation de ces tendances nouvelles. À
l’issue de la guerre hispano-américaine, les États-Unis reçurent Porto
Rico, acquirent les Philippines et accordèrent l’indépendance à Cuba
moyennant un traité de tutelle (amendement Platt). L’ancienne colonie
devenait une puissance coloniale. Une discrète intervention diplomatique permet
à Théodore Roosevelt de racheter la concession du canal interocéanique à
Panamá, puis, à la faveur d’une révolution spontanée,
de reconnaître la nouvelle République de Panamá détachée de
la Colombie
et d’y faire mener à bien les travaux que les Français avaient dû
interrompre. En 1914, le canal de Panamá est inauguré, qui permet à la flotte
américaine de faire l’économie de plusieurs milliers de kilomètres pour
passer de l’Atlantique au Pacifique.
L’activité des États-Unis ne se limite pas au continent. Théodore Roosevelt
intervient comme médiateur dans le conflit russo-japonais et fait accepter aux
adversaires le traité de Portsmouth. Il se fait représenter à la conférence
d’Algésiras qui concerne
la France
et l’Allemagne, et participe à la conférence de la paix à
La Haye
(1907). En ce début de XXe siècle, les États-Unis font déjà
figure de puissance mondiale.
Source : Encyclopédie Universalis
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