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... ou révolution américaine ?
Les historiens américains ont coutume
de qualifier de révolution la sécession avec la mère patrie; ceux des autres
pays préfèrent parler d’indépendance. Comment trancher ce débat ?
1 - Les opérations militaires
Le conflit a mis aux prises des
effectifs limités dans des campagnes de type colonial. Les insurgés ne
pouvaient compter que sur les milices, mal entraînées, insuffisamment armées,
formées à la lutte contre les Indiens, non à celle contre des troupes régulières,
comme l’étaient les régiments britanniques. Elles manquaient
d’approvisionnements, de munitions, habituées qu’elles étaient à dépendre
de l’Angleterre. Le second Congrès continental, rassemblé à Philadelphie en
mai 1775, choisit comme commandant en chef George Washington, un planteur de
Virginie, qui avait fait l’apprentissage de la guerre en combattant contre les
Français quinze ans plus tôt. Il comprit la nécessité de rechercher un allié,
qui ne pouvait être qu’une puissance maritime, et choisit
la France
, désireuse de prendre sa revanche sur les humiliations subies de la part de
l’Angleterre au cours du siècle. La victoire des troupes américaines sur
celles de Burgoyne, à Saratoga (17 octobre 1777), et la persuasive insistance
de Benjamin Franklin, envoyé comme ambassadeur à Paris, entraînèrent
l’intervention française. Une alliance fut signée le 6 février 1778, en
vertu de laquelle les deux alliés s’engageaient à ne pas signer de paix séparée.
La France
apportait son appui militaire, avec un corps expéditionnaire commandé par
Rochambeau, l’aide des flottes d’Estaing et de De Grasse, l’alliance
espagnole. En outre des patriotes allèrent au secours des insurgés, comme
Lafayette, comme les Polonais Kosciusko et Pulaski, ou des spécialistes, comme
le Prussien von Steuben.
L’appui moral, puis matériel, de
la France
survint au moment où les troupes américaines connaissaient une crise de découragement
dans leurs quartiers d’hiver de Valley Forge, aux portes de Philadelphie. Les
Français apportaient une force navale, seule capable de briser le blocus des
Anglais et de leur arracher la maîtrise des mers, condition du succès. Ainsi
s’explique la victoire de Yorktown (19 octobre 1781), décisive dans la mesure
où elle mettait fin à la résistance de l’armée et de la flotte
britanniques. Les Américains avaient gagné leur indépendance, après une
guerre de type classique et avec l’appui de l’ennemie héréditaire de leur
mère patrie.
2 - La révolution politique
Sur le plan politique, l’importance
de la décision américaine ne saurait être sous-estimée : les treize colonies
sont les premières à s’être libérées de la tutelle européenne et forment
le premier pays à s’être donné une constitution écrite, à appliquer les
principes qui, de Locke à Montesquieu, ont inspiré les gouvernements modernes.
La déclaration d’indépendance, rédigée par Thomas Jefferson et adoptée
par le second Congrès continental le 4 juillet 1776, date devenue depuis celle
de la fête nationale (Independence Day) , rappelait les griefs des colons
contre l’Angleterre et énonçait un certain nombre de principes :
gouvernement fondé sur un contrat entre les intéressés, obligation pour ce
gouvernement de protéger les droits naturels, devoir pour le peuple de refuser
l’obéissance si ces principes ne sont pas respectés. Après celle du
Parlement, les Américains rejetaient l’autorité du roi d’Angleterre. En ce
sens, il s’agissait d’un acte révolutionnaire, le premier d’une longue série
qui, par
la Révolution
française et le mouvement des nationalités, allait conduire à
la Révolution
russe de 1917.
La Déclaration
d’indépendance a posé les principes qui guidèrent tous les mouvements d’émancipation.
Tout aussi révolutionnaire fut l’adoption d’une constitution écrite.
Pendant la guerre, le Congrès continental avait exercé les fonctions de
gouvernerment, par consentement tacite de ses membres. Il prépara une
constitution, les Articles de confédération,
inspirés de son expérience et acceptés par tous les États, sauf le Maryland,
en 1779. Chaque État conservait sa souveraineté et déléguait au Congrès,
formé de mandataires nommés, des droits limités : déclarer la guerre et
conclure les traités, nommer les ambassadeurs, créer une monnaie, régler les
relations avec les Indiens et résoudre les conflits entre États. Tant que dura
la guerre, le gouvernement assuma ses fonctions tant bien que mal. Mais après
le traité de Versailles, il révéla ses faiblesses : absence d’un exécutif,
règle de l’unanimité dans les votes, manque de continuité. Les nouveaux États
sont en proie à l’anarchie, paralysés par des conflits internes, limités
par le manque de ressources et le poids des dettes, humiliés à l’extérieur
par les Anglais, les Espagnols et les Barbaresques d’Afrique du Nord. C’est
pourquoi les États, à l’exception du Rhode Island, s’entendent pour
envoyer des délégués à une Convention qui se réunit à Philadelphie le 25
mai 1787, pour aviser aux dispositions qui
leur sembleraient nécessaires pour rendre
la Constitution
du gouvernement fédéral adéquate aux exigences de l’Union. Les débats
se déroulèrent jusqu’au 17 septembre 1787, en secret, sous la présidence de
Washington. La base de discussion fut un plan de James Madison, prônant l’équilibre
entre les pouvoirs de l’État fédéral et ceux des États et l’indépendance
de chaque branche, avec une grande souplesse.
3 - La constitution de 1787
La Constitution
instaure pour la première fois un gouvernement fédéral fondé sur un partage
des compétences : il est souverain pour la politique extérieure, la défense,
le commerce avec l’étranger et entre les États, ces derniers conservant leur
souveraineté dans tout ce qui n’est pas délégué, comme la justice, la
protection des droits individuels, l’instruction. L’Américain est citoyen
de son État en même temps que citoyen de l’État fédéral ; il participe à
la vie politique de l’un et de l’autre, innovation de grande portée en
droit constitutionnel.
La répartition des pouvoirs est conçue
selon une stricte séparation. L’exécutif est confié à un président, élu
pour quatre ans, et rééligible, assisté d’un vice-président, élu dans les
mêmes conditions. Ils sont assistés de secrétaires choisis obligatoirement
hors du législatif. Les pouvoirs du président sont étendus, puisqu’il est
à la fois chef de l’État et chef du gouvernement, commandant en chef de
l’armée, de la marine et des milices d’États, qu’il nomme les
ambassadeurs, juges et officiers, conclut les traités, avec l’approbation du
Sénat, et promulgue les lois.
Le législatif appartient au Congrès,
composé du Sénat et de
la Chambre
des représentants. Le premier représente les États qui, quelles que soient
leur taille et leur population, délèguent chacun deux élus.
La Chambre
des représentants est l’émanation des citoyens, à raison d’un représentant
pour 30 000 citoyens, à l’origine. Ce système est issu d’un compromis
entre grands et petits États, ceux-ci craignant d’être écrasés. Rhode
Island et Géorgie sont à égalité au Sénat, mais représentés
proportionnellement à leur population à
la Chambre. Les
sénateurs sont élus pour six ans et rééligibles par tiers tous les deux
ans, les représentants pour deux ans. Le législatif vote les impôts, établit
le budget, propose les lois au président qui les signe, approuve les traités,
à condition qu’une majorité des deux tiers se soit prononcée au Sénat, qui
se transforme en haute cour en cas de trahison du président (impeachment).
Le judiciaire constitue la grande
originalité de cette Constitution. Il est confié à une Cour Suprême qui a
pour fonction de garantir les droits des individus, de juger de tous les cas
relevant de l’equity pouvant se
poser entre des citoyens et l’État fédéral, ou entre citoyens de divers États,
et d’interpréter
la Constitution. Le
pouvoir judiciaire est supérieur aux deux autres dans la mesure où les actes
de l’exécutif ou du législatif peuvent lui être déférés. Il existe un véritable
pouvoir des juges, qui sert de contrepoids à la puissance des deux autres.
C’est ce que les juristes ont appelé le système
des checks and balance.
Libérale, cette Constitution ne pouvait passer pour démocratique. Elle
laissait à chaque État le soin de décider du mode de suffrage, et aucun
n’avait encore reconnu le suffrage universel. Dans le calcul du nombre des
représentants, les esclaves étaient comptés pour les trois cinquièmes de
leur total, et on ajoutait ce chiffre à celui des citoyens libres, les Indiens
exclus, ce qui avantageait les États du Sud, les plus étendus et les plus
peuplés. Pour assurer la pérennité de
la Constitution
, une procédure souple d’amendements était prévue : proposés par les deux
tiers du Congrès, ils devaient être ratifiés par les trois quarts des États
avant d’être acceptés.
Pour entrer en vigueur,
la Constitution
devait être acceptée par neuf États sur treize, mais il était illusoire de
l’appliquer sans avoir le consentement des grands
(Massachusetts, Pennsylvanie, New York et Virginie). Ils l’acceptèrent (les
deux derniers en juin et juillet 1788). À ce moment, la plupart des petits États
avaient donné leur acceptation, si bien que
la Constitution
entra en vigueur en janvier 1789, sans plus attendre le Rhode Island, qui y adhéra
le 29 mai 1790. Le 4 mars 1789, George Washington fut élu président de
la République
, inaugurant une nouvelle période dans l’histoire des États-Unis.
Source : Encyclopédie Universalis
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