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La
légende a souvent tendance à oublier certains traits pourtant majeurs de la réalité :
si dans l’imaginaire collectif, le cow-boy est l’Américain pure
souche, White Anglo-Saxon Protestant (WASP) parfait, homme libre et
droit, la vérité est souvent bien différente.
On
a beaucoup oublié que derrière la liberté que l’on associe toujours inévitablement
au cow-boy, celui-ci a un statut subalterne peu enviable, avec des revenus des
plus dérisoires
(1$ par jour). L’arrivée du capitalisme dans l’Ouest a amené à un
regroupement des terres qui appartiennent de plus en plus à de grands propriétaires :
se mettre à leur service est alors un des rares métiers proposés dans la région
et les patrons peuvent trouver de la main d’œuvre même avec un salaire aussi
faible. Les jeunes sont fascinés par la vie de leurs ainés. Cette
attirance est alimentée par les récits plus ou moins avérés des aventures
des cow-boys. En fait, les cow-boys constituent un groupe méprisé et exploité
par les propriétaires de ranchs. Peu payés et sans possibilité de crédit,
ils ne peuvent que rarement devenir propriétaires à leur tour et vivent dans
une certaine précarité en dehors des périodes de transhumance.
Tout
cela concourt à une faible attractivité du métier, et tous les Blancs
n’acceptent pas de prendre de tels risques pour un emploi qui se résume à être
un simple ouvrier agricole aux activités dangereuses. Alors, et contrairement
à toutes les idées reçues colportées par le mythe, ce sont bien souvent des
Noirs (1/3 des effectifs[1])
libérés de l'esclavage, des Mexicains ou des métis qui composent une bonne
partie des 35 000 à 40 000 cow-boys[2]
qui empruntent la piste du bétail (Cattle Trail) entre 1865 et 1890.
Quoi
qu’il en soit, il y a eu peu de cow-boys : jamais plus de 40 000
pour une population de
60 millions d’Américains[3],
ce qui rend d’autant plus étonnante la notoriété immense acquise par ce
groupe social finalement très minoritaire.
[1] Philippe Jacquin, Vers l’ouest :
un nouveau monde, p. 103
[2] Philippe
Jacquin, Daniel Royot, Go West ! [...], p.152
[3] Claude Fohlen,
La Vie
quotidienne au far-west (1860-1870), p. 109
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