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... et expansion continentale
La Reconstruction
se termine par la réinstallation des Bourbons
au pouvoir parce que les Américains ont été repris par le démon des
affaires. Rien n’est plus terne que les trente dernières années du XIXe
siècle, marquées par une présence continue des Républicains à la tête du
gouvernement fédéral. L’intérêt est ailleurs, dans l'accouchement d’une
Amérique industrielle et capitaliste.
La guerre de Sécession a mis fin aux dernières résistances de la société
agrarienne traditionnelle, et plusieurs mesures ont préparé le développement
futur. Le tarif douanier Morrill de
1861 a
renforcé la protection et favorisé l’essor industriel. Un nouveau système
bancaire, destiné à combattre l’anarchie consécutive à la politique de
Jackson, est mis en place à partir de 1863. La décision est prise, à la
demande des États de l’Ouest, de construire un chemin de fer
transcontinental. Pour fournir la main-d’œuvre indispensable, des
travailleurs pourront être importés sous contrat.
1 - L'accroissement démographique
L’immigration a été fortement
stimulée par le Homestead Act de 1862, qui accordait 160 arpents aux pionniers.
De 1820 à 1860, 5 millions d’Européens, dont une moitié de Britanniques,
avaient immigré aux États-Unis. Dans les 40 années qui suivirent, 14 millions
d’immigrants arrivèrent aux États-Unis, dont 5 millions entre 1881 et 1890.
Parmi eux, la proportion de Britanniques diminua au profit des Allemands et des
Scandinaves, puis, vers la fin du siècle, des Italiens, des Russes et des
Slaves d’Europe centrale. Ces immigrants sont issus de milieux modestes, sinon
pauvres, et constituent une main-d’œuvre peu exigeante, prête à accepter
l’exploitation patronale (sweating system).
La population du pays, compte tenu de
l’immigration et de l’accroissement naturel, passe de 31 millions en 1860 à
50 millions en 1880 et 76 millions en 1900. Le vieux fonds anglo-saxon recule
devant les apports nouveaux: Allemands et Scandinaves autour des Grands Lacs,
Irlandais en Nouvelle-Angleterre, Polonais et Russes dans les grands ports de
l’Est. Le rôle des sectes protestantes est contrebalancé par les progrès du
catholicisme, du judaïsme et du christianisme orthodoxe. L’Amérique
puritaine est en voie de transformation. La fusion entre les divers éléments
est facilitée par l’absence de traditions et l’immensité du pays. Il
n’empêche que la langue et la religion maintiennent des îlots de résistance
nationale, en contraste avec la facile assimilation du siècle précédent.
2 - L'occupation de l'Ouest
À cette population en rapide
croissance, des horizons nouveaux s’ouvrent. La réalisation du premier chemin
de fer transcontinental, en 1869, entre Omaha et San Francisco à travers
l’Utah, marque une date historique dans l’occupation de l’Ouest : les deux
portions du pays sont reliées par la voie ferrée qui amène de nouveaux
chercheurs d’or en Californie et en incite d’autres à se fixer en route,
sur des terres offertes à bon prix et valorisées par la proximité des
transports. Avant la fin du siècle, quatre autres Transcontinentaux sont venus
s’ajouter à l’Union Pacific et au Central Pacific : le Great
Northern, de Saint Paul à Seattle (1893), le Northern Pacific, de
Chicago vers le Nord-Ouest (1881), l’Atchison, Topeka and Santa Fe, de
Kansas City à Los Angeles et San Francisco (1881), le Southern Pacific,
de
La Nouvelle-Orléans
à Los Angeles (1883). L’espace est vaincu et le continent s’offre à ceux
qui veulent en profiter.
La construction des chemins de fer a brisé la résistance des Indiens et fait
disparaître
la Frontière. Depuis
1830-1840, les Indiens de l’Est avaient été parqués sur des réserves situées
dans le territoire indien. Ceux des Plaines voyaient leurs terrains de parcours
se restreindre et le bison devenir rare. Cet animal leur fournissait une
excellente viande, des peaux appréciées et un poil laineux qui servait à
confectionner des vêtements. L’avance de l’homme blanc entraîna un
massacre systématique du bison et une rupture dans l’écologie des Indiens,
qui réagirent par la rébellion. Les meilleurs guerriers furent les Sioux qui
à plusieurs reprises se soulevèrent et massacrèrent des troupes fédérales.
L’affaire de Little Bighorn, en 1876, au cours de laquelle les troupes de G.
A. Custer tombèrent dans une embuscade, déclencha la dernière opération
contre Sitting Bull, qui se rendit en 1881, mettant fin à la résistance des
Sioux. Des opérations de police contre les Nez-Percés
de Chief Joseph en 1877 et les Dakotas en 1890 achevèrent la pacification
de l’Ouest. Les survivants furent parqués dans des réserves, à l’écart
des voies de communications, et les bonnes terres données ou vendues aux
Blancs.
Au lendemain de la guerre de Sécession, l’Union comprenait 36 États, dont 2
situés sur les rives du Pacifique,
la Californie
et l’Oregon (ce dernier État admis en 1859). En 1889, 4 nouveaux États
furent admis dans l’Union : les deux Dakotas, le Montana et le Washington. La
même année, le territoire indien devenu l’Oklahoma est ouvert à la
colonisation, et les Indiens repartent pour un nouvel exode. En 1890,
l’admission simultanée de l’Idaho et du Wyoming établit une continuité
territoriale de l’Atlantique au Pacifique : c’est la fin de
la Frontière
, l’achèvement d’une épopée qui a repoussé les limites de la civilisation.
Les derniers États continentaux, le Nouveau-Mexique et l’Arizona, sont admis
en 1912.
3 - Une agriculture extensive et spécialisée
L’unité du continent établie, un
marché d’une ampleur inconnue pour l’époque stimule la production. Toutes
les conditions sont réunies pour donner une impulsion à l’agriculture. Une
Europe en pleine industrialisation a préféré s’en remettre aux marchés
d’outre-mer pour ses approvisionnements. Si le coton demeure un article
d’exportation de premier plan, il est désormais concurrencé par d’autres
productions qui ont profité de la guerre de Sécession. Ce que l’Europe réclame,
ce sont des denrées alimentaires : du blé et du maïs, qui trouvent leur
terrain d’élection dans les grandes plaines entre les Appalaches et le pied
des Rocheuses, de la viande, dont le transport est favorisé par les nouveaux
bateaux frigorifiques. Du Texas à la frontière canadienne se développe un élevage
de bovins qui alimente les abattoirs de Cincinnati, puis de Chicago, d’Omaha,
de Kansas City. La recherche du rendement se traduit par les progrès du
machinisme agricole (faucheuse, moissonneuse, batteuse, puis combiné) qui
permet une culture extensive, nécessitant peu d’engrais, donc rémunératrice.
Le Middle West se couvre de fermes disséminées le long des routes, à proximité
des lieux de travail, avec leurs silos cylindriques dans lesquels sont stockés
les grains. La spécialisation devient la règle : certains fermiers produisent des grains, d’autres du bétail,
d’autres de la volaille. Mais les fluctuations des prix et les variations du
marché européen contribuent, dès 1870, à créer un malaise et une agitation,
dans les milieux ruraux.
4 - Ampleur de
l'industrialisation
L’industrialisation s’est trouvée
facilitée par la richesse du sous-sol américain, qui fournit tous les
combustibles et métaux dont a besoin l’usine moderne. La houille est exploitée
depuis le début du siècle en Pennsylvanie, mais les nécessités de la guerre,
puis de l’après-guerre ont stimulé et élargi l’exploitation en
Pennsylvanie, en Virginie-Occidentale, dans l’Alabama, dans l’Ohio. Du pétrole
a été découvert en Pennsylvanie pendant la guerre de Sécession et, en
attendant qu’il alimente les moteurs, il fournit une matière première
recherchée. Le sous-sol est riche d’un minerai de fer d’excellente qualité,
en Pennsylvanie, en Alabama et dans le Minnesota. La plus grande partie des
minerais (plomb, cuivre, zinc) se trouve dans les Rocheuses. À l’industrie
ancienne, représentée par le textile en Nouvelle-Angleterre, s’ajoute, à
partir du milieu du XIXe siècle, toute une gamme de fabrications
nouvelles : métallurgie lourde en Pennsylvanie (région de Pittsburgh), puis
dans l’Ohio, l’Indiana et la région de Chicago (Gary), enfin dans
l’Alabama (Birmingham) ; industries légères le long de
la Fall Line
des Appalaches (Carolines et Géorgie) ; industries alimentaires variées, qui
vont de la mouture du blé à la conserverie (Swift et Armour) et répondent à
une diététique nouvelle, adaptée aux besoins des masses. De nouvelles
fabrications apparaissent au fur et à mesure que se créent de nouveaux besoins
: raffinage du pétrole, production de l’électricité, fabrication de moteurs
à explosion, de voitures, produits chimiques.
Plus que sa puissance et sa diversité, dont on peut trouver des exemples en
Europe, ce qui frappe, c’est l’organisation de cette industrie. N’ayant
derrière elle aucune tradition artisanale et devant satisfaire un énorme marché
en croissance continue, elle se crée sur la base d'unités de production,
soutenues par une armature financière. Dès la fin du XIXe siècle,
des monopoles dominent les secteurs : Standard Oil dans le pétrole, Sugar
Refining dans le raffinage du sucre, American Tobacco, American Bell Telephone,
ainsi qu’United States Steel dans la métallurgie avec un capital d’environ
un milliard de dollars. La concentration atteint des proportions telles
qu’elle inquiète le pouvoir politique, bien désarmé en face des puissances
d’argent (Sherman Anti-Trust Act, 1890).
Source : Encyclopédie Universalis
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