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Pot commun national

 

1 - Premiers pas dans le monde

Les États-Unis se trouvèrent confrontés aux convulsions d’un monde en pleine transformation, du fait de la Révolution française et des guerres franco-anglaises. Sans doute n’avaient-ils pas d’intérêts directs dans un tel conflit. D’une part, leur position de neutres leur assignait la mission de protéger leur commerce, menacé tantôt par les uns, tantôt par les autres ; d’autre part, on l’a vu, certains partis manifestaient des sympathies pour les Anglais, d’autres pour les révolutionnaires français, qu’ils considéraient comme les porte-parole de la philosophie militante. George Washington réussit à maintenir la stricte neutralité de son pays, qu’il considérait comme trop faible pour se mêler à des aventures extérieures, et à mettre en garde ses concitoyens contre des velléités interventionnistes. L’Europe, disait-il dans son Message d’adieu de 1796, a des intérêts qui ne nous concernent aucunement, ou qui ne nous touchent que de très loin [...]. Quand nous aurons pris des mesures propres à faire respecter notre neutralité, les nations étrangères [...] ne se hasarderont pas légèrement à nous provoquer [...]. Notre véritable politique doit être de n’avoir aucune alliance permanente. Ligne de conduite à laquelle les États-Unis demeurèrent fidèles pendant plus d’un siècle.

Dans ce domaine, la tâche la plus rude échut à Jefferson. En 1803, il se vit proposer par Bonaparte, pour la somme dérisoire de 15 millions de dollars, la Louisiane , immense territoire, s’étendant du golfe du Mexique aux Grands Lacs, et du Mississippi aux Rocheuses, d’une superficie supérieure à celle des États-Unis d’alors. Bien que la Constitution ne prévît pas un tel cas, Jefferson, après des hésitations, accepta l’offre et orienta la République dans la voie de l’expansion vers l’ouest et d’une démocratie agrarienne.

La reprise des hostilités en Europe après 1805 expose les États-Unis à de nouveaux dangers et ils ne peuvent maintenir leur neutralité. En 1812, la question du droit des neutres entraîne un nouveau conflit avec l’Angleterre, la seconde guerre d’Indépendance. En fait, à aucun moment, l’indépendance des États-Unis n’est remise en cause, mais les Anglais sèment la terreur en brûlant Washington, en envoyant une flotte croiser sur les Grands Lacs, tout en étant battus devant La Nouvelle-Orléans par le jeune général Andrew Jackson qui commence une brillante carrière. La paix de Gand (1814) confirme le statu quo sans rien régler du droit des neutres.

Les difficultés de l’Espagne avec ses colonies révoltées donnent aux États-Unis une occasion de s’affirmer dans le monde. Dans des circonstances mal élucidées, Jackson occupe en 1818 la Floride que l’Espagne consent à vendre pour 5 millions de dollars. Quelques années plus tard, la double menace d’une intervention européenne pour secourir l’Espagne menacée dans ses possessions américaines, et des progrès russes le long de la côte du Pacifique, donne au président Monroe l’occasion d’affirmer les principes de sa politique. Dans son message au Congrès, le 2 décembre 1823, il confirme la neutralité américaine, léguée par Washington, mais en étend le champ d’application à l’ensemble du continent américain, Nord et Sud. C’est dire qu’il rejette toute velléité d’intervention armée : Nous ne voulons pas nous immiscer dans les querelles des puissances européennes, la neutralité nous paraît un devoir. En revanche, elles ne doivent pas intervenir aux dépens de colonies qui ont proclamé leur indépendance. Aux Européens le vieux continent, aux Américains le nouveau. Sur le moment, ces affirmations impressionnèrent peu les puissances de la Sainte-Alliance , certaines que les États-Unis étaient trop faibles pour les faire respecter et incapables d’en voir les prolongements. Il ne s’agissait que d’une doctrine défensive, mais elle se modifia pour devenir un programme d’action, celui du panaméricanisme, invoquée à la fin du XIXe siècle.

2 - L'ère des bons sentiments

Au moment de cette déclaration, la vie politique américaine connaît une certaine atonie. Parce que l’exercice du pouvoir a rapproché les deux partis, les différences se sont estompées à ce point que les présidents sont élus sans opposition. C’est ce que l’on appelle l’ère des bons sentiments (Era of good feelings) pendant les années 1820. Les derniers Pères de la Patrie, Madison, puis Monroe, maintiennent la tradition aristocratique des grands fondateurs, pendant que le développement des affaires et l’expansion vers l’Ouest absorbent l’essentiel des énergies. L’histoire américaine se caractérise par un faible intérêt pour les questions politiques et par un désir de s’enrichir et de fonder une société nouvelle, éloignée des vices de l’européenne. Au cours de cette période, la principale préoccupation consiste dans l’amélioration des moyens de transport. L’époque coloniale n’avait légué que de mauvaises routes, limitées à chaque État, à l’exception de la route de poste qui, de Boston par New York, Philadelphie et Baltimore, gagnait le Sud. Ce qui importe, c’est de réaliser la jonction avec les terres de l’Ouest, d’où viennent les peaux, la viande, le whisky, les grains, les métaux, la richesse.

Qui allait les construire et comment ? Henry Clay, représentant du Kentucky, définit ce qu’il appela l’American system, la politique de grands travaux. Une augmentation des droits de douanes procura à l’État fédéral des ressources supplémentaires avec lesquelles il finança la construction de routes et  de canaux vers l’Ouest. Ainsi fut continuée la route du Cumberland qui, par Wheeling sur l’Ohio, gagnait le Mississippi à Saint Louis et constitua la grande voie d’accès des pionniers. La législature de l’État de New York soutint de ses deniers la construction du premier grand canal entre la côte et les Grands Lacs, celui de l’Érié, contribuant à la prospérité du port de New York (1817-1825). Vers 1830, les États-Unis possédaient une voie d’eau continue entre New York et La Nouvelle-Orléans , desservie par des navires à vapeur, alors que le chemin de fer allait transformer le continent. D’autre part, à l’abri des droits de douane, les industries commencèrent à se développer, en particulier en Nouvelle-Angleterre qui conquit le monopole de la filature et du tissage du coton. De plus en plus, les États du Sud devenaient les fournisseurs de matières premières pour ceux du Nord en voie d’industrialisation.

Sur tous les plans, les idées de Hamilton étaient passées dans la pratique une génération après sa mort, et le rêve agrarien de Jefferson s’effondrait.

Source : Encylopédie Universalis